Le défi de Clément Lecoq : devenir paysan pastier !

À parcours atypique, projet insolite ! Clément Lecoq, ancien étudiant en Sciences Po, a complètement changé de voie pour s’installer, cette année, en tant que… paysan pastier : c’est-à-dire producteur de pâtes. Un choix audacieux pour la région…

Publié le 28 Nov 16 à 8:38 – L’ECLAIREUR DE CHATEAUBRIANT
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Clément Lecoq et l’une de ses poules…

Si la production de céréales pour pâtes existe en France, elle est plus souvent cantonnée au sud du pays, où les conditions climatiques sont plus favorables pour ce genre de culture.

C’est donc un vrai challenge que s’est lancé Clément Lecoq, 29 ans, installé du côté de la Tindière à Nort-sur-Erdre. D’autant qu’à l’origine, le jeune homme ne se destinait pas vraiment à l’agriculture. Titulaire d’un bac S à la sortie du lycée, il est en effet parti étudier à Sciences Po à Bruxelles, en Belgique. « Je voulais travailler dans l’humanitaire. Mais en fait, ce que j’ai appris pendant mes études m’a plutôt dégoûté de cela », explique-t-il.

Clément sait pourtant qu’il ne supportera pas de travailler dans un bureau. « Je voulais pouvoir fonder une famille – ce qui n’était pas très compatible avec les missions humanitaires – et travailler en extérieur ».

Une rencontre au Vietnam qui le fait réfléchir…

Début 2013, afin de prendre du recul, il décide alors de s’offrir un voyage de six mois en Asie du sud-est. À l’époque, il envisage déjà l’option agricole. Il faut dire que sa mère – décédée quelque temps avant qu’il entreprenne son voyage – était dans le milieu puisqu’elle possédait un élevage de poules industriel. Et son frère aîné a lui aussi, depuis 2008 choisi une reconversion professionnelle pour s’installer comme maraîcher.

« J’envisageais de devenir paysan brasseur (producteur de céréales pour fabriquer de la bière, NDLR). Finalement, dans le Nord Vietnam, j’ai rencontré par hasard un paysan pastier français avec qui j’ai pu discuter. C’est ce qui m’a fait réfléchir ».

Des stages avant de s’installer

Une fois rentré de voyage, il effectue plusieurs stages et contrats salariés dans des exploitations agricoles. Il passe ensuite son BPREA (Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole) à la Chambre d’agriculture de Nantes.

En 2014, son père, commercial tout juste retraité, décide lui aussi de prendre un nouveau cap et de s’installer comme éleveur de vaches nantaises. « Il l’a fait un peu à cause de mon propre projet », explique Clément Lecoq. « Il fait pâturer ses vaches sur mes terres, ce qui rentre dans le processus de rotation de mes céréales. Cela apporte de la matière organique ».

Depuis février dernier, sous l’égide de la Ciap (1), le jeune homme est en stage paysan créatif d’un an : c’est-à-dire que, tout en lançant son propre projet, il continue à se former auprès d’un autre agriculteur. En l’occurrence, un paysan pastier du Maine-et-Loire.

Et depuis avril, il bénéficie aussi du portage temporaire d’activité mis en place par la même Ciap : soit une aide technique, administrative et financière. « J’ai pu emprunter 40 000 € à travers eux, en plus des 35 000 € que j’apportais déjà ».

Trois tonnes de pâtes précommandées

Clément Lecoq met actuellement la dernière main au montage de son laboratoire, qui lui permettra la transformation de son blé dur en pâtes sèches. Un blé spécialement choisi pour endurer les conditions climatiques locales. « C’est du blé Poulard : une variété ancienne de blé dur, créé dans le nord de la France et possédant un gluten plus facilement assimilable. Il a failli disparaître mais depuis une dizaine d’années, on commence à en revoir. Il n’offre pas un gros rendement mais ses qualités gustatives sont incomparables », assure Clément Lecoq.

Sa première récolte, en juin dernier, n’a cependant pas été à la hauteur de ses espérances, suite à une météo largement défavorable. « Je me suis installé pile l’année où il ne fallait pas !, ironise-t-il. On a eu un printemps trop humide, puis un été trop chaud… ».

Sept formes de pâtes différentes

Néanmoins, cela ne l’empêchera pas d’assurer la production des « 3 tonnes de pâtes déjà quasiment précommandées » par les différentes Amap avec qui il s’est mis en relation. Il proposera sept formes différentes : coquillette, fusilli, nouille plate, penne, spaghetti, tagliatelle et lasagne.

D’ici là, Clément Lecoq aura déjà lancé sa vente d’œufs frais puisqu’il a fait l’acquisition, cet été, de 120 poules. Une partie sera utilisée pour la confection de pâtes aux œufs. « Mais ce genre de pâtes est vendu plus cher : de l’ordre de 7 € le kilo. Or, je veux aussi pouvoir produire des pâtes à un prix accessible à tous. Les pâtes sans œufs se vendent à 5 € et quelque le kilo ».

Cécile Rossin

(1) Coopérative d’installation en agriculture paysanne.